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Entre Hollande et Merkel, «une différence d’approche et de méthode»

Angela Merkel, Francois Hollande

INTERVIEW – Angela Merkel réélue chancelière, François Hollande est contraint de faire fonctionner avec elle le couple franco-allemand pendant trois nouvelles années. Une affaire compliquée selon Florence Autret, journaliste à Bruxelles et biographe* d’Angela Merkel.

LE FIGARO – Les relations entre Angela Merkel etFrançois Hollande se sont-elles réchauffées depuis les débuts assez froids entre les deux dirigeants?

Florence AUTRET – Je ne pense pas qu’ils aient des relations cordiales. Pendant l’élection présidentielle, François Hollande a tout de même fait campagne sur la renégociation du traité européen portant sur la discipline budgétaire qu’avait fait adopter Angela Merkel. Puis en juillet 2012, juste après son élection, Hollande a fait passer, allié avec l’Italie et l’Espagne contre l’Allemagne, le projet d’union bancaire. Il y a donc un passif politique.

Avant que le président français n’entre en fonction, ils ne se connaissaient pas du tout. Au sein du Parti populaire européen, le PPE, Angela Merkel côtoie Jean-François Copé, pas les dirigeants socialistes. Entre les deux, on part donc de très bas.

Comment se passe la communication entre eux?

Ce n’est pas très facile. Il y a une différence d’approche et de méthode. La France parle de l’Europe en termes trop généraux. Angela Merkel possède, elle, une approche pragmatique. Elle liste les problèmes et les règle un à un. Même si, du coup, il est difficile de savoir si elle a également un dessein à plus long terme pour l’Union. Du coup, les Allemands pensent que les Français ne sont pas très sérieux dans leurs ambitions de réforme, qu’ils manquent de constance.

Et au niveau personnel?

François Hollande a fait faire le tour du jardin de l’Élysée à Angela Merkel, lors de l’une de ses visites en France. Visiblement, cela l’a laissée indifférente. Même s’il y a eu tentative, ils n’y arrivent pas du tout côté amical. Mais ce n’est pas valable uniquement pour le président français. Merkel est comme cela. Il n’y a guère qu’avec le premier ministre polonais qu’elle semble être un peu plus proche personnellement.

Maintenant Angela Merkel reconduite dans son poste de chancelière, elle et François Hollande vont tout de même devoir travailler ensemble pendant plus de trois ans, une période suffisante pour mettre en place des politiques de plus long terme. N’y a-t-il rien qui ne puisse les rapprocher?

Il y a deux personnes peut-être susceptibles de faire avancer les choses entre eux. La première c’est l’Allemand Martin Schultz, social-démocrate, actuel président du Parlement européen et candidat à la présidence de la Commission européenne. C’est un francophone, et il connaît un peu François Hollande. Il connaît également Merkel, qui a mené deux coalitions avec les sociaux-démocrates. S’il arrive à la tête de la Commission, Schultz pourrait être un pont entre les deux, il pourrait arriver à les faire se parler.

L’autre maillon pourrait être le Français Joseph Daul. C’est un Alsacien qui préside le groupe du PPE au Parlement. Il est l’un des rares à bien connaître Angela Merkel, qui accorde beaucoup d’importance ce parti, et à avoir une vraie relation avec elle. Daul pourrait jouer un rôle entre eux si Hollande a l’intelligence de s’en servir.

Peuvent-ils trouver un terrain de convergence au niveau politique?

Il n’y a guère de grands desseins européens en ce moment, mais les deux peuvent se rapprocher politiquement, sur l’harmonisation fiscale et sociale. On peut noter également une inflexion de Merkel, qui s’est ralliée à l’idée d’agir avec un groupe restreint de pays au sein de l’UE. Avant, pour elle, il fallait agir à 27. Elle réagit ainsi en Est-Allemande, qui a horreur de la division et de la séparation. Hors, vouloir créer un groupe qui va plus loin que les autres, une sorte de noyau dur européen, est une marotte française sur laquelle elle semble donner quelques signaux positifs.

On a le sentiment de voir deux destins inversés entre une Angela Merkel réélue une troisième fois chancelière, et un François Hollande très bas dans les sondages un an après son élection. Est-ce ici aussi une différence de méthode qui joue?

Il y a une différence toute simple: en Allemagne cela va bien, en France cela va mal. Avec Merkel, la situation du pays s’est améliorée. Elle ne divise pas et a mené une coalition avec le SPD, puis les libéraux et à nouveau le SPD. C’est une sorte de mère de la patrie. Hollande s’est fait élire par le peuple de gauche avec le mot d’ordre de tondre les riches. Il a déçu ces derniers et ensuite ses propres électeurs. Si l’on chute plus facilement en France qu’en Allemagne dans les sondages, la faiblesse de François Hollande se ressent au niveau européen. Il est vu comme l’homme qui ne peut pas faire une réforme sans déclencher des manifestations monstres. Merkel de son côté, bien qu’à la tête d’une coalition, est vue comme quelqu’un de respecté.

* Florence Autret, Angela Merkel, Une Allemande (presque) comme les autres. Editions Tallandier. 2013.

Source: Le Figaro

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