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Centrafrique : à Bangui, les soldats français entre deux feux

REPORTAGE – De violents affrontements ont eu lieu mercredi aux abords de l’aéroport, forçant l’armée française à intervenir.

Envoyé spécial à Bangui

Les rues sont désertes et les maisons ­vides. Sur la terre rougeâtre, une poule esseulée passe, puis un jeune homme pressé. À Cattin, un quartier du nord de Bangui, les habitants ont préféré partir pour s’empiler dans les camps de réfugiés. Les impacts de balles sur les murs, les traces d’incendies, çà et là, sont les signes des violences qui reviennent hanter Cattin. Au bout de la route, le petit pont en traverses de chemin de fer, qui reliait cette zone chrétienne à sa voisine musulmane du PK5, a été arraché. On redoute désormais les contacts. Non loin de ce check-point improvisé, comme il en fleurit partout dans Bangui, un groupe de miliciens Anti-Balaka, machettes de côté, veille. Une patrouille de soldats français de l’opération «Sangaris» les fait reculer un instant. Juste un instant.

Car l’un des QG de ce groupe chrétien a investi une école délabrée du secteur. Alfred Rombhot, barbe de castriste et tee-shirt rouge, est présenté comme le chef. Ce qu’il nie aussitôt. «Je ne suis pas un Anti-Balaka, mais un militaire venu rétablir l’ordre», lance-t-il, assurant être un ancien caporal-chef de l’armée nationale (Faca). Son objectif avoué est de «chasser Djotodia du pouvoir pour y mettre un Centrafricain» et de renvoyer les Séléka, les miliciens majoritairement musulmans qui ont porté le nouveau président au pouvoir. Il nie aussi que ses hommes puissent s’en prendre aux civils musulmans, tout en reconnaissant qu’il y a des meurtres. «Nous savons qu’il y a des Centrafricains musulmans. Ils ont le droit d’être là. Les étrangers, c’est différent. Tout ça est très clair.»

Il semble bien le seul à trouver claire la situation dans une capitale centrafricaine qui s’enfonce dans l’anarchie. Le moindre incident alimente les haines et les combats. Entre les Anti-Balaka, les anciens Faca, les Séléka, les forces d’interposition africaines et le contingent français, les acteurs s’accumulent. «Et il ne faut pas oublier les civils qui, souvent, mènent des opérations de lynchage», soupire un humanitaire. Dans cette atmosphère, difficile de démêler les responsabilités et les ambitions des uns ou des autres.

 

 

La journée de mercredi n’a pas marqué de trêve de Noël, illustrant cette montée dans la violence qui semble échapper à tous. Dès le petit matin, des affrontements, souvent brefs, ont éclaté dans plusieurs secteurs opposant des groupes non identifiés. Toute la journée, les rixes ont surgi dans le crépitement des armes automatiques. En milieu d’après-midi, les abords de l’aéroport étaient le théâtre de luttes, forçant l’armée française à déployer une dizaine de blindés tandis que des centaines d’habitants terrorisés se repliaient vers le centre-ville.

Comme son déroulement, l’origine de cette nouvelle poussée de fièvre est incertaine. On évoque l’attaque meurtrière la veille au soir d’un camion transportant des civils tchadiens désireux de fuir une ville toujours plus hostile.

Sur une route menant au quartier de Gobongo, à quelques centaines de mètres du lieu de l’incident, une patrouille de la Séléka surveillait mercredi les allers et venues depuis les bas-côtés. Les hommes, censés être casernés, sont tous très armés. Et l’arrivée d’étrangers n’est pas souhaitée. «On ne veut pas de Français. Vous êtes complices des Anti-Balaka qui massacrent les gens», hurle un soldat avec de grands gestes. L’heure n’est pas à la discussion. En dépit de sa volonté affichée de neutralité, la France peine de plus en plus à ne pas être happée dans les méandres de la rage banguissoise. «Si les Français ne font rien, ils sont accusés d’impuissance, voire pire. S’ils interviennent, ils sont montrés du doigt et accusés de partialité par l’un des camps», résume un observateur.

Des détonations sourdes se font entendre. Des pick-up de l’armée tchadienne, qui forme la plus grosse part de la force africaine, filent sur le goudron. Plus loin, ce sont des soldats burundais qui tentent de s’interposer. Pour ajouter à la confusion, des troupes burundaises et tchadiennes, pourtant censées collaborer, se seraient violemment affrontées samedi en plein cœur de Bangui. Selon un officier burundais, ses hommes ont été la cible d’une attaque tchadienne, avec tirs d’armes automatiques et jet de grenades.

Ce dernier incident impliquant les Tchadiens a achevé de ternir leur réputation. Mercredi, un porte-parole de la force africaine a confirmé ce que la rumeur colportait déjà depuis plusieurs jours: le contingent tchadien sera redéployé et quittera prochainement Bangui. Une tentative pour apaiser le climat dans la capitale qui ne sera pas sans conséquence pour la France. Bien formée et bien équipée, l’armée tchadienne était l’un des éléments clés sur lequel Paris comptait pour soutenir sa mission en Centrafrique.

Source:Le Figaro

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