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Poutine menace l’Europe de fermer «le robinet à gaz»

Le groupe russe Gazprom «va être obligé de passer au prépaiement des livraisons de gaz, et en cas de non-respect des conditions de paiement de cesser totalement ou partiellement de livrer du gaz», écrit M. Poutine dans une lettre à 18 dirigeants européens rendue publique jeudi par le Kremlin. PHOTO MIKHAIL KLIMENTYEV, AFP/RIA-NOVOSTI
FRAN BLANDYDMYTRO GORCHKOV
Agence France-Presse
Donetsk et Kiev-Vladimir Poutine a mis en demeure jeudi les Européens d’assurer le paiement des milliards de dettes de l’Ukraine ou risquer de voir leurs approvisionnements en gaz menacés, relançant la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

Pendant ce temps, le face-à-face tendu entre séparatistes pro-russes et loyalistes se poursuivait dans l’est de l’Ukraine, malgré une offre d’amnistie du pouvoir pro-européen de Kiev.

Dans une lettre à 18 dirigeants européens, le président russe a affirmé que son pays a «subventionné l’économie de l’Ukraine» à hauteur de plus de 35 milliards de dollars depuis quatre ans et exige que ce soutien se fasse désormais «sur un pied d’égalité».

Alors que Moscou a augmenté de 80% la semaine dernière le prix de ses livraisons à Kiev, au bord de l’asphyxie financière, M. Poutine a prévenu qu’en cas de non-paiement le robinet serait coupé, faisant surgir le spectre des «guerres du gaz» qui avaient réduit les livraisons vers l’ouest du continent en 2006 et 2009.

Menace d’autant plus pesante pour l’UE qu’elle importe le quart de son gaz de Russie, dont près de la moitié transite par l’Ukraine.

Et M. Poutine d’exiger des consultations ministérielles «sans délai (…) pour mettre sur pied des mesures conjointes de stabilisation de l’économie de l’Ukraine et pour assurer les livraisons et le transit du gaz russe dans le strict respect des conditions contractuelles».

Cette initiative du Kremlin intervient alors que le gouvernement ukrainien pro-européen, que Moscou ne reconnaît pas, cherchait à faire retomber la pression en promettant l’amnistie aux pro-russes qui ont pris des bâtiments publics dans l’est russophone du pays. Kiev et Washington accusent les services spéciaux russes d’être derrière les insurgés.

«Si les gens déposent les armes et libèrent les bâtiments (…) nous garantissons qu’il n’y aura aucune poursuite», a lancé le président par intérim Olexandre Tourtchinov.

«ls veulent nous tuer»

Mais l’appel est resté vain dans l’immédiat et sur le terrain les séparatistes renforçaient leurs barricades autour du bâtiment de l’administration régionale à Donetsk, ville d’un million d’habitants à moins de 50 km de la frontière russe, où ils ont proclamé une «République souveraine».

Sous une pluie fine, on entassait sacs de sable, pneus et pare-chocs automobiles, alors que des femmes âgées distribuaient des tracts affirmant que «les nazis sont au pouvoir à Kiev».

«Nous tiendrons jusqu’au bout, nous nous défendrons,» affirmait un des gardes du bâtiment, portant cagoule, casque et gourdin.

«Tourtchinov n’a aucune légalité. Nous n’avons pas besoin d’une amnistie, nous avons besoin de la liberté. Ils veulent nous tuer», s’emportait Katerina, 40 ans.

À Lougansk, 400 000 habitants, les séparatistes étaient également toujours retranchés dans le bâtiment des services de sécurité (SBU) dont ils ont pillé l’armurerie.

Mais dans les deux villes, aucun mouvement de soutien massif aux insurgés n’était visible, et les pro-russes ne tenaient que les deux bâtiments sous leur contrôle.

Les insurgés réclament l’organisation de référendums sur l’autonomie régionale ou le rattachement pur et simple à la Russie, qui a massé des dizaines de milliers de soldats à la frontière, faisant craindre une invasion.

Scénario à la Crimée 

Mercredi, M. Poutine, qui a de longue date promis de protéger «à tout prix» les populations russes de l’ex-URSS, avait mis en garde Kiev contre toute action «irréparable».

Les troubles dans l’Est ont fait craindre un scénario «à la Crimée». Cette péninsule ukrainienne de la mer Noire a été rattachée à la Russie en mars après un référendum non reconnu par Kiev et l’Occident, qui dénoncent une «annexion».

Les autorités ukrainiennes accusent Moscou de vouloir «démembrer» leur pays ou au moins torpiller l’élection présidentielle prévue le 25 mai. Les favoris de ce scrutin sont en effet des pro-européens, décidés à arrimer à l’Ouest une Ukraine de 46 millions d’habitants frontaliers de plusieurs pays de l’UE.

Une lueur d’espoir diplomatique avait pourtant suivi avec l’annonce de la tenue de pourparlers à quatre – États-Unis, Russie, Ukraine, Union européenne – la semaine prochaine, à Vienne ou Genève, selon les sources.

La Russie a souhaité que les pro-russes puissent y être représentés et le parti du président déchu Viktor Ianoukovitch, le Parti des régions, a proposé jeudi d’y envoyer son candidat à la présidentielle Mikhaïl Dobkine.

Si Vladimir Poutine a espéré que ces discussions aient une «issue positive», Washington a d’emblée placé la barre assez bas. «Nous n’avons pas d’attentes fortes (…), mais nous pensons qu’il est très important de laisser ouverte cette porte diplomatique», a ainsi déclaré la secrétaire d’État adjointe pour l’Europe, Victoria Nuland.

La Russie a enregistré jeudi une sanction politique symbolique, avec la suspension jusqu’à la fin 2014 des droits de vote de ses 18 membres à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).

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