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Rome se prépare à son «dimanche des quatre papes»

Michèle LERIDON, Laure BRUMONT Agence France-Presse CITÉ DU VATICAN

Rome connaîtra bien son «dimanche des quatre papes»: le pape émérite Benoît XVI et François célèbreront ensemble la messe de canonisation de leurs prédécesseurs Jean Paul II et Jean XXIII, un événement unique dans les 2000 ans d’histoire del’Église catholique.

Des centaines de milliers de personnes – peut-être plus d’un million -, 98 délégations d’États ou d’organisations internationales, dont 24 chefs d’État et têtes couronnées – du roi d’Espagne au président zimbabwéen Robert Mugabe -, sont attendues dimanche sur la place Saint-Pierre pour l’événement au retentissement planétaire voulu par le pape François.

Parmi elles devait figurer le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk. Mais celui-ci a décidé d’écourter son voyage à Rome «en raison de la situation», a indiqué à l’AFP sa porte-parole Olga Lappo, alors que le premier ministre était reçu en audience par le pape François. La tension est à son comble en Ukraine sous la menace d’une intervention russe dans l’est.

À Rome, un défilé coloré de pèlerins, religieux de toutes nationalités et touristes attirés par l’évènement historique, continue d’affluer pour la double canonisation de Jean Paul II, le charismatique pape polonais, et du «bon pape» italien, Jean XXIII. Samedi, le Vatican a confirmé la présence de Joseph Ratzinger, qui fut à la fois un proche collaborateur du pape polonais et l’un des participants au concile Vatican II, lancé par Jean XXIII.

La Ville éternelle, toujours très prisée pendant les vacances de Pâques, offre plus que jamais son lot de scènes felliniennes. Ici, un groupe de séminaristes court en chantant «Alleluia», guitare à la main, des prêtres se frayent un chemin parmi la foule des touristes en portant une croix: «Pardon, pardon, on prie!». Des religieuses mangent des glaces, des nuées de scouts, foulards bigarrés au cou, arpentent la ville…

Par les rues qui mènent à la place Saint-Pierre, une foule hétéroclite se presse: pèlerins reconnaissables à leurs petits fichus ou écharpes jaunes, touristes, rabatteurs pour les musées du Vatican tout proches, volontaires de la Protection civile et de la Croix-Rouge qui font la circulation, installent des hôpitaux de campagne aux abords de la place.

Marie Gillet, venue du diocèse de Belley (centre-est de la France), se sent «représentante de la génération Jean Paul II», le «pape de la jeunesse». Une fidèle nigériane, «dame Pauline», drapée dans un magnifique boubou jaune à l’effigie de Jean Paul II, raconte que celui-ci a «changé sa vie». Un groupe de Libanais se dit aussi très heureux de «rendre hommage à deux hommes qui se sont rendus sur leurs terres», l’un comme pape, l’autre comme nonce.

Nuits blanches de prière

Certains pèlerins – toutes générations confondues -, munis de tapis de sols et de pliants, comptent passer la nuit sur place, malgré une météo annoncée peu clémente. D’autres participeront aux «nuits blanches de prière», organisées dans maintes églises de Rome, en italien, polonais, anglais, allemand, français, arabe et même breton…

À la gare centrale Termini, trains et bus déversent des jeunes avec des sacs à dos «Jean Paul II». La protection civile, les carabiniers, les ambulances se déploient.

Les drapeaux polonais rouge et blanc fleurissent. De ce seul pays, où Karol Wojtyla fait l’objet d’un véritable culte, 1700 autocars, 58 vols charters et cinq trains spéciaux doivent arriver à Rome, selon la municipalité.

Au Vatican, les portraits des deux futurs saints ont déjà été déployés sur la façade de la basilique Saint-Pierre. Dans un magasin de souvenirs, une grande affiche représente déjà «Sanctus Paulus II» et «Sanctus Joannes XXIII» avec leur auréole.

En réalité, les deux hommes ne seront saints que dimanche, lorsque le pape argentin prononcera la formule qui les inscrira à jamais dans le registre céleste de ceux que tous les catholiques sont invités à prier pour les assister dans leur vie terrestre.

La canonisation de Jean XXIII, initiateur du Concile Vatican II (1962-1965) qui marqua l’ouverture de l’Église catholique à la société et autres religions, ne semble critiquée par personne, à part les traditionalistes. Celle de Jean Paul II, même si nul ne conteste sa stature internationale et le rôle qu’il a joué dans la chute du communisme, compte des détracteurs. Ceux-ci lui reprochent notamment un aveuglement face aux crimes pédophiles et sa sévérité avec les théologiens dissidents, notamment ceux de la théologie de la libération. Des accusations rejetées vendredi par son ancien porte-parole, Joaquin Navarro-Valls.

«Sainteté ne veut pas dire perfection», a souligné le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, selon lequel la canonisation de Jean Paul II, seulement neuf ans après sa mort, est «sans doute la plus rapide» de l’histoire de l’Église catholique.

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