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Les Sud-Africains aux urnes

JEAN LIOULES REPORTERS DE L’AFP
Agence France-Presse
LE CAP

Faisant fi de poussées de violence isolées, les Sud-Africains votaient en masse mercredi pour des législatives qui devraient conforter l’ANC, parti contesté mais tout puissant, au pouvoir depuis la fin du régime ségrégationniste de l’apartheid en 1994.

L’ANC, formation historique de Nelson Mandela, est favori, et crédité de plus de 60 % des suffrages, selon les sondages.

«Je suis si content de pouvoir voter. Je pense à l’Ukraine, au Soudan du Sud et à toutes les choses qui se passent là-bas, et nous pouvons toujours voter relativement pacifiquement. C’est merveilleux, merveilleux», s’est réjoui l’archevêque Desmond Tutu, après avoir voté au Cap.

«Des gens sont morts pour ce droit (de vote), ils ne doivent pas le gaspiller!», a ajouté le prix Nobel de la paix, qui a récemment annoncé avec fracas qu’il ne voterait plus pour l’ANC, dénonçant «une société où les enfants vont se coucher le ventre creux».

Mercredi matin, quelques incidents ont été signalés par les médias locaux : retards à l’ouverture des bureaux, boîtes de bulletins tombées du camion ou laissées sans surveillance, absence d’urnes ou agents électoraux portant des tee-shirts du parti dominant. Mais les files d’attente étaient parfois impressionnantes.

Plus de 25,3 millions d’électeurs doivent élire 400 députés, qui eux-mêmes désigneront le prochain chef de l’État le 21 mai. À 72 ans, le président Jacob Zuma devrait être reconduit pour un second mandat de cinq ans.

«Je pense que le résultat sera très bon», a dit le chef de l’État, après avoir voté dans son village natal de Nkandla (est).

La campagne électorale a pourtant été émaillée de nombreux incidents dans les bidonvilles et les quartiers les plus pauvres, de nombreuses manifestations tournant régulièrement à l’émeute. L’armée a été déployée dans certaines zones.

L’un des points chauds est Bekkersdal, un township du sud-ouest de Johannesburg, agité par de violentes manifestations depuis plusieurs mois. Deux tentes de la commission électorale y ont été incendiées mardi soir.

Le vote a quand même pu commencer à l’heure mercredi matin, de nouvelles tentes ayant été érigées à la hâte au petit jour.

«Je suis ici pour voter pour mon avenir. Je m’en fiche de ce qui s’est passé ici hier (mardi soir). Je ne vais pas les laisser m’empêcher» de voter, témoigne Nosihle Zikalala, devant ce bureau de vote improvisé où dansaient des électrices en brandissant leur carte d’identité.

«Je me sens très privilégiée»

À Soweto, haut lieu de la lutte contre l’apartheid, on votait en masse, calmement.

«Notre génération, nous n’étions pas là, et nous ne savons pas vraiment ce qui s’est passé, si bien que nous ne sentons vraiment pas la pression pour voter (…) Mais je me sens très privilégiée, parce que je connais notre pays, la liberté que nous avons maintenant, comparé à d’autres pays d’Afrique. Oui, c’est un privilège», disait Khensani Zitha, qui à 20 ans, est une «born free», de cette génération qui n’a pas connu le pouvoir raciste blanc.

«C’est important de voter parce que nous avons l’électricité, nous avons des rues, nous avons des maisons», a ajouté Nonhlanhla Komo, 20 ans comme elle.

Dans l’opposition, dont la principale formation est l’Alliance démocratique (DA), créditée d’un peu plus de 20 % des voix, les regards seront aussi tournés vers le nouveau parti populiste de Julius Malema, les Combattants pour la liberté économique (EFF).

Celui-ci prône la nationalisation des banques et des mines, la saisie des terres des grands propriétaires blancs, et une redistribution radicale des richesses, alors que l’Afrique du Sud post-apartheid reste un pays très inégalitaire.

«Les gens ne doivent pas oublier que les tee-shirts ne se mangent pas», a lancé Malema après avoir voté à Polokwane (nord), lançant une pique à son ancien parti – dont il a été exclu en 2012 -, qui a multiplié les petits cadeaux aux électeurs.

Le premier quinquennat du président Zuma a été marqué par plusieurs scandales, le dernier en date étant la rénovation de sa résidence privée de Nkandla aux frais du contribuable. Surtout, le chef de l’État a pour beaucoup du sang sur les mains depuis que sa police a ouvert le feu sur des grévistes à la mine de Marikana (nord) en août 2012, faisant 34 morts.

Mais pour de très nombreux Noirs sud-africains – 80 % de la population -, l’ANC reste le parti qui les a délivrés de l’apartheid. En vingt ans de pouvoir, le mouvement a aussi établi une solide base clientéliste.

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