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Hongrie: sous pression, Orban renonce à sa taxe internet

PHOTO LASZLO BALOGH, ARCHIVES REUTERS
Agence France-Presse
BUDAPEST

C’est un recul rare pour Viktor Orban : le premier ministre hongrois, mis sous pression par des manifestations et vivement critiqué par Washington et Bruxelles, a annoncé vendredi le retrait sine die de son projet de taxe internet.

«La taxe sur l’internet ne peut pas être introduite dans sa forme actuelle (…) Rien ne peut être validé dans ces circonstances», a annoncé à la radio publique le dirigeant conservateur, qui s’exprimait après une semaine de silence.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient défilé mardi à Budapest, pour la seconde fois en trois jours, contre un projet de taxe sur les téléchargements jugé liberticide. Cette mobilisation, également observée dans plusieurs villes de province, est sans précédent depuis l’arrivée de M. Orban au pouvoir en 2010.

Les opposants ont immédiatement réagi à l’interview en annonçant la tenue d’une manifestation de «célébration» vendredi soir.

«C’est la victoire du peuple hongrois contre un pouvoir inepte», ont commenté les organisateurs des manifestations : «À nous de montrer en masse que nous avons gagné, qu’Orban ne peut pas nous jouer des tours, et qu’il ne doit pas même envisager de restreindre la liberté de l’information.»

Orban plaide le malentendu

La Commissaire européenne Neelie Kroes, qui avait dénoncé un danger pour l’économie numérique et pour les libertés publiques, s’est dite «très heureuse pour le peuple hongrois, dont la voix a été entendue».

Le premier ministre hongrois a plaidé de son côté le malentendu, et s’est efforcé de circonscrire le débat à la question fiscale. Il a promis une vaste «consultation» au premier semestre de 2015 sur les moyens de taxer les profits générés sur l’internet.

Le pouvoir hongrois «a réalisé qu’il risquait de perdre beaucoup s’il persistait à vouloir introduire cette taxe», analyse pour l’AFP Kornelia Magyar, du Hungarian Progress Institute. Selon elle, l’annonce d’une «consultation» suggère toutefois que le retrait de la taxe n’est «pas définitif».

M. Orban a rarement reculé depuis son arrivée au pouvoir en Hongrie en 2010. Fort d’une majorité confortable, il a notamment fait adopter de manière autoritaire des réformes controversées de la Constitution, des médias, de la justice et du système électoral.

Il est notamment passé outre les critiques de l’UE et des États-Unis, très vives en 2011 et 2012, et a bénéficié des divisions de l’opposition de gauche pour être reconduit très largement lors des législatives en avril. Il a depuis renforcé son contrôle sur les ONG et prôné la mise en place d’un État «illibéral», citant en exemple la Chine et la Russie.

La mobilisation contre la taxe sur les téléchargements, partie d’un appel sur Facebook, paraît avoir surpris le gouvernement, qui a tenté en vain de désamorcer la contestation en promettant qu’elle serait plafonnée à 700 forints (près de 3$) par mois pour les particuliers.

«Symbole du mécontentement»

Or selon Peter Kreko, de l’institut Political Capital, les manifestants de tous horizons, «n’ont pas défilé pour 700 forints, mais parce que c’est un symbole de leur mécontentement».

Mardi soir, entre deux appels à abandonner la taxe, ceux qui défilaient ont aussi chanté «Orban dehors», et dénoncé la proximité supposée du dirigeant populiste avec le président russe Vladimir Poutine.

Cette contestation inattendue après une année de succès électoraux de M. Orban survient alors que le dirigeant est dans le collimateur des États-Unis, qui dénoncent un recul de l’État de droit en Hongrie, et s’irritent de voir leur allié européen contester les sanctions prises contre la Russie depuis le début de la crise ukrainienne

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