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La Tunisie à la veille d’une présidentielle historique

Antoine LAMBROSCHINI Agence France-Presse TUNIS

La Tunisie procédait samedi aux derniers préparatifs de sa première présidentielle depuis la révolution de 2011, un scrutin dont le favori est Béji Caïd Essebsi, 87 ans, son parti Nidaa Tounès ayant remporté les législatives face aux islamistes.

Le premier ministre Medhi Jomaa, un indépendant chargé en début d’année de sortir la Tunisie d’une profonde crise politique et d’organiser les échéances électorales, s’est dit samedi «très confiant», voyant en la présidentielle un «espoir» pour la région, alors que l’essentiel des pays du printemps arabe ont basculé dans la répression ou le chaos.

«C’est un espoir, un grand espoir pour la région […] Nous étions les premiers à rentrer dans ce cycle de changements qu’on a appelé le printemps arabe. Nous serons les premiers [à en sortir], mais d’autres suivront», a-t-il déclaré à l’AFP lors d’une visite dans la région de Béja (120 km à l’ouest de Tunis) pour superviser les préparatifs en vue de l’élection.

Près de 5,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes de 8 h à 18 h (2 h-12 H00, heure de l’Est) dimanche pour ce scrutin qui doit achever de doter la Tunisie d’institutions élues pérennes, une exception dans la région.

Vingt-sept personnalités sont en lice, dont le président sortant Moncef Marzouki, des ministres du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, une figure de proue de la gauche Hamma Hammami, le richissime homme d’affaires Slim Riahi ainsi qu’une magistrate, Kalthoum Kannou, seule femme candidate.

Cinq candidats ont jeté l’éponge au cours de la campagne, mais ils restent inscrits sur les bulletins de vote.

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir de fin 2011 jusqu’à début 2014 et deuxième aux législatives d’octobre, n’a lui pas présenté de candidat et a décidé de «laisser ses membres et partisans faire leur propre choix».

Première présidentielle libre

C’est la première fois que les Tunisiens pourront voter librement pour leur chef d’État. De son indépendance en 1956 jusqu’à la révolution de 2011, le pays n’a connu que deux présidents: Habib Bourguiba, déposé le 7 novembre 1987 par un coup d’État de son premier ministre Ben Ali; et ce dernier, resté président jusqu’à sa fuite en Arabie saoudite le 14 janvier 2011.

Favori du scrutin malgré son âge, M. Caïd Essebsi, premier ministre en 2011, a axé sa campagne sur la restauration du «prestige de l’État», le pays ayant traversé moult crises depuis la révolution, notamment l’essor de groupes djihadistes, les assassinats de deux opposants à Ennahda et de profondes difficultés économiques.

Sa victoire faciliterait la tâche de son parti en vue de la formation d’un gouvernement de coalition, la victoire de Nidaa Tounès aux législatives d’octobre ayant été nette, mais insuffisante pour former une majorité.

Si la nouvelle Constitution n’accorde que des prérogatives assez limitées au chef de l’État, l’élection au suffrage universel lui confère un poids politique important. Par ailleurs, il dispose d’un droit de dissolution si la classe politique ne parvient pas à former une majorité.

Menace djihadiste

Le président sortant, autre poids lourd, a sillonné le pays en se posant en candidat à même d’empêcher une «contre-révolution», le parti de M. Caïd Essebsi comptant d’anciens partisans du régime de Ben Ali.

«Quand il y a une révolution, il y a toujours une contre-révolution. Et la contre-révolution est en train de livrer sa dernière bataille et elle va la perdre», a déclaré M. Marzouki à l’AFP en marge d’une réunion de campagne à Bizerte (nord).

M. Caïd Essebsi a été président du Parlement sous Ben Ali au début des années 1990 et plusieurs fois ministre à l’époque de Habib Bourguiba.

Les autorités sont pour leur part sur le qui-vive de crainte d’attaques djihadistes durant le scrutin.

Ainsi, une cinquantaine de bureaux de vote ne seront ouverts que pendant cinq heures, au lieu de dix, dans des zones proches de l’Algérie où des groupes armés sont actifs. Et des dizaines de milliers de policiers et militaires seront déployés pour assurer la sécurité du scrutin.

«Toutes les menaces se cristallisent autour de cette période-là qui constitue […] le passage d’une situation en quelque sorte transitoire, provisoire, vers la stabilité» en Tunisie, a souligné à l’AFP le ministre délégué chargé de la Sécurité nationale, Ridha Sfar, jugeant cependant que le «tout se passe dans les meilleures conditions».

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