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Hong Kong: les initiateurs d’Occupy appellent à évacuer la rue

JOHANNES EISELE, AFP
LAURA MANNERING
Agence France-Presse
HONG KONG

Les trois initiateurs de la campagne d’occupation à Hong Kong ont appelé mardi les manifestants à évacuer la rue alors que les leaders étudiants, devenus le fer de lance du mouvement prodémocratie, ont entamé une grève de la faim pour faire avancer leur cause.

Après plus de deux mois d’occupation de plusieurs quartiers de l’ancienne colonie britannique passée sous tutelle chinoise, le mouvement n’a obtenu aucun résultat concret. Il est partagé entre ceux qui veulent radicaliser l’action et ceux qui veulent passer à autre chose.

Benny Tai, Chan Kin-man et Chu Yiu-ming, fondateurs d’Occupy Central, un mouvement de désobéissance civile créé début 2013 et qui avait le premier avancé l’idée d’occuper la rue, ont annoncé qu’ils allaient symboliquement se rendre à la police et demandé aux manifestants de se disperser.

«Nous appelons tous les trois les étudiants à battre en retraite, à s’enraciner profondément dans la communauté et transformer» la nature du mouvement, a lancé Benny Tai. La police est devenue «incontrôlable», il est temps que les manifestants quittent ces «lieux dangereux».

Il a également expliqué que les trois fondateurs d’Occupy allaient se rendre à la police mercredi. «La reddition n’est pas un signe de lâcheté. Se rendre, ce n’est pas échouer, c’est la dénonciation silencieuse d’un gouvernement sans coeur», a-t-il lancé.

Il n’existe aucun mandat d’amener contre eux, mais le gouvernement local comme les autorités chinoises n’ont cessé de répéter que le mouvement était illégal.

Cette annonce survient au lendemain de heurts entre policiers et manifestants parmi les plus graves depuis que les protestataires sont descendus par dizaines de milliers dans les rues le 28 septembre pour réclamer l’instauration d’un véritable suffrage universel.

La fin d’une phase

Depuis, leur nombre s’est considérablement réduit, mais les manifestants, pour la plupart très jeunes, occupent toujours deux sites à Hong Kong, perturbant gravement les transports et l’activité économique. Un troisième site, celui de Mongkok dans la partie continentale de Hong Kong, a été évacué par les autorités la semaine dernière.

Reste à savoir si les manifestants sont prêts à entendre l’appel de leurs aînés alors que les étudiants ont pris les rênes du mouvement.

Joshua Wong, devenu à 18 ans le visage de la «révolution des parapluies» et deux autres étudiantes ont entamé une grève de la faim lundi soir pour obtenir gain de cause auprès d’un gouvernement resté sourd à leurs appels.

Les trois fondateurs d’Occupy, deux universitaires et un pasteur baptiste, ont également salué le courage des manifestants qui campent depuis plus de deux mois dans des villages de tentes à Admiralty, près du siège du pouvoir et à Causeway Bay, quartier ultra commerçant très apprécié des Chinois du continent.

«Nos jeunes se sont servis de leur corps comme rempart contre les coups de bâtons de la police, leur sang et leurs os cassés nous attristent profondément», a dit Benny Tai. «Nous respectons la détermination des étudiants et des citoyens à obtenir la démocratie», a-t-il ajouté, expliquant qu’Occupy allait désormais passer à une nouvelle étape de la désobéissance civile.

Pour l’analyste Willy Lam de l’Université chinoise de Hong Kong,  «on dirait qu’on assiste à la toute fin de cette phase particulière du mouvement».

Les gens d’Occupy et les députés prodémocratie «font pression sur les étudiants depuis le début pour qu’ils observent une retraite stratégique» tandis que «l’opinion publique devient hostile à la poursuite de l’occupation», note-t-il.

Mais certains refusent de s’en aller sans bruit. Des manifestants masqués ont fracassé la porte du Conseil législatif, des centaines de personnes ont tenté de forcer les cordons de la police et d’encercler le siège du pouvoir lundi.

«Il y a des pressions pour que le mouvement se radicalise. Mais les organisateurs sont conscients qu’ils ne gagneront rien à la confrontation» tout en ayant «du mal à trouver des raisons de se disperser les mains vides. C’est un dilemme», juge l’analyste Ma Ngok.

Territoire chinois bénéficiant d’une large autonomie, l’ancienne colonie britannique connaît sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à Pékin en 1997.

Pékin a approuvé le principe d’«une voix, un vote» pour la prochaine élection du chef de l’exécutif en 2017, mais a réservé à un comité de grands électeurs majoritairement favorable au Parti communiste chinois le soin de présélectionner les candidats, conditions inacceptables pour le camp prodémocratie.

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